
Faire barrage à l'intimidation en milieu scolaire
Date : 2011-12-06 Sujets : intimidation, suicide, Köse, école, prévention, prevention
On a mis quelqu'un au monde, on devrait peut-être l'écouter!
Par Christian Bolduc
Coordonnateur de la rédaction
Éditeur des infoKöSE
Période infernale, le film
On a mis quelqu'un au monde, on devrait peut-être l'écouter!
- Serge Fiori, auteur-compositeur-interprète et chanteur du légendaire groupe progressiste québécois Harmonium, dans la chanson Un musicien parmi tant d'autres que l'intervenant social Michel Dubé a citée lors de la première du film Période infernale.
Il est jeune, physiquement petit et frêle, bégaie lorsqu'il doit entrer en relation interpersonnelle, fait preuve d'une grande timidité et représente, pour un agresseur, le prototype parfait de la vulnérabilité à exploiter. Durant son séjour à la polyvalente Cité-des-jeunes de Vaudreuil-Dorion, entre 2001 et 2005, ce jeune homme, aujourd'hui âgé de 24 ans, a été victime d'intimidation autant physique que psychologique. Au point d'abandonner l'école. Blessé mais néanmoins très déterminé, Adam Tanguay - parce que tel est son nom - a depuis fait preuve d'une ténacité qui déplacerait des montagnes afin de dénoncer une réalité qui détruit des vies...en silence!
Détruire des vies en silence. Tel est le quotidien des victimes qui n'osent ou ne peuvent dénoncer leur (s) agresseur (s). Culpabilité. Telle est la vie des témoins qui refusent, par leur silence, d'aider les victimes à sortir de cette spirale infernale. Et lorsque l'on est jeune, influençable et entouré de menaçants agresseurs dans la salle de classe, les corridors, la cour d'école et autour, poser ce geste citoyen de dénoncer un crime – parce que l'intimidation est un acte criminel en soi – est extrêmement ardu.
Il faut donc créer un environnement susceptible d'aider les témoins et les victimes à parler et agir pour le bien-être des victimes. Et ne pas en faire d'autres. Mais pour y arriver, Adam Tanguay a dû convaincre les adultes responsables du bien-fondé de son projet. Premier obstacle, la réception générale a été, disons, froide. Personne ne voulait l'aider. Personne sauf...
Personne ne croyait au projet
Ce sont essentiellement les propos qu'Adam a tenus à Michel Dubé lorsque le projet de film sur l'intimidation à l'école a pris forme dans sa tête. « Michel Dubé, disait publiquement Adam lors de la première du film, a été le premier à m'écouter lorsque je lui ai fait lire la première version de mon scénario. Avant lui, personne ne croyait en moi et ce besoin d'éveiller, par la production d'un film à saveur pédagogique, la population scolaire sur les effets néfastes de l'intimidation à l'école, la sensibilisation à ses conséquences et aux moyens privilégiés pour y mettre un frein », précise-t-il lorsqu'est venu le temps de présenter son protecteur et confident à une foule très émue et conquise à sa cause.
Intervenant social d'expérience à cette méga-polyvalente qu'est la Cité-des-jeunes, Michel Dubé a vite compris qu'Adam était sérieux dans son projet de film et dans sa volonté de décloisonner un tabou qui fait plusieurs centaines de victimes annuellement dans les écoles du Québec. Des victimes qui vivent emprisonnées avec cette lourdeur permanente et qui, ne pouvant plus supporter l'exclusion et les blessures qui y sont associées, glissent souvent vers la dépression, les narcotiques et, aussi, le suicide.
Tous les deux sont alors partis en pèlerinage afin de mener le projet à terme. Le financement, la scénarisation, la réalisation, le casting, la production et le montage, tout était à faire et tout a été fait avec l'aide généreuse et désintéressée d'organismes régionaux, de professionnels engagés et des jeunes très concernés par le sort réservé aux victimes.
« Mais tout DEVAIT se faire », disait encore un Adam très déterminé en préambule du film Période infernale, lequel a été présenté en première le 20 novembre dernier à la salle Albert Dumouchel du CÉGEP de Valleyfield.
Un film qui touche la cible
Destiné en priorité au milieu scolaire dont un guide d'animation accompagnera impérativement la diffusion, le film raconte l'histoire au quotidien de Tim, un jeune garçon timide qui doit changer d'école parce que son père a été muté de région par l'entreprise pour laquelle il travaille.
Angoissé à l'idée de changer de milieu, Tim (superbement interprété par Oliver Price) devient rapidement la cible de deux jeunes mal intentionnés. Le croisant dans les classes, au gymnase, à la cafétéria et à l'extérieur sur le terrain de l'école, les deux « méchants » profitent de sa vulnérabilité pour l'écraser, le menacer, l'humilier, le battre et le détruire intérieurement. Devant leurs amis ou en cachette, sans prendre la mesure de la gravité du geste posé, les agresseurs jouent sur plusieurs cordes afin de faire taire leur entourage : menaces, séduction, mensonges et manipulation.
N'ayant aucun ami, Tim doit, lui, subir cette violence psychologique et physique sans mot dire, sans que ses parents et professeurs ne puissent, ne sachent, n'aient envie ou ne soient capables de détecter sa souffrance et les signes extérieures les plus visibles: solitude, isolement, insomnie, tentations suicidaires, pleurs étouffés, etc.. Seul son entourage scolaire immédiat – les témoins immédiats de l'intimidation – peut faire cesser cette violence...
Tout le film tient à cette prémisse selon laquelle un témoin de l'intimidation peut - et doit - devenir la personne-clé dans la dénonciation de cette insidieuse violence. Il en va même d'un devoir de citoyen pour quiconque en a été témoin, rappelons-le.
Mais pour appliquer ce principe de civilité dans une école, encore faut-il être capable d'avoir l'espace pour en parler. Et créer les conditions optimales qui permettent au (x) jeune (s) de reconnaître et dénoncer l'intimidation en toute sécurité.
C'est ce que le film vient affirmer : chacun a un rôle à jouer face à l'intimidation. La sensibilité à l'autre, une solidarité humaine au-delà des frontières de l'amitié ou de l'amour, la recherche constante du bien, une bienveillante attention et la responsabilité individuelle de se comporter avec dignité dans toutes les circonstances sont les valeurs exprimées dans ce film remuant pour l'âme.
Et le mot de la fin revient à Michel Dubé (également co-producteur) dont le parcours de jeunesse autorise une prise de parole décisive. « Ayant été successivement victime et coupable d'intimidation lorsque je fréquentais l'école secondaire, a-t-il confié, je peux vous dire aujourd'hui que les coups de poing administrés aux victimes m'ont fait beaucoup plus mal que ceux reçus en tant de victime. »
Page Facebook
Période infernale – équipe de production
Adam Tanguay : co-producteur, auteur et idéateur du projet
Michel Dubé : co-producteur
Dominique Bouffard : réalisateur
Benoit Guichard : scénariste et acteur
Oliver Price : acteur principal. A joué Tim, victime d'intimidation
Alexandre Major : acteur. A joué le protagoniste de Tim, le leader des intimidateurs.





